Les « mises en situation » ou « cas pratiques » : 3 niveaux

0-Préambule : des « mises en situation » à 3 niveaux…

Dans un oral de concours, le candidat peut avoir à gérer des « mises en situation » (on parle aussi de « cas pratiques) et ces « mises en situation » existent au moins à 3 niveaux.

1°)Tout d’abord, (vous avouerez…) il est somme toute assez rare d’avoir à venir se présenter devant un jury : cela n’arrive (heureusement !) pas tous les jours. L’oral peut donc lui-même, en tant que tel, être considéré comme une mise en situation.

2°) Ensuite, il y a la question classique qui vous est posée par un membre de jury : « Monsieur/Madame, imaginons que demain il vous arrive telle chose au travail (description de la situation) ; comment réagissez-vous ? ».

La « mise en situation » est alors imaginaire : on nous demande d’imaginer qu’on est dans telle situation, on nous demande donc de « nous imaginer » une situation dans laquelle nous ne sommes pas en cet instant,mais dans laquelle nous pourrions tout à fait nous trouver demain. Et on nous demande : « comment » nous gérons la situation (imaginaire, fictive).

3°)Enfin, il y a le classique bien connu de ceux qui préparent les concours en étant accompagnés (notamment par un coach comme…votre honoré serviteur, rédacteur des présentes lignes…[chuut…ne le répétez point…]) et qui s’y attendent : il y a, par exemple, le membre de jury qui semble regarder par la fenêtre pendant que vous parlez, ou bien le membre de jury qui vous pose une question qui vous paraît délirante, ou bien celui qui farfouille dans ses affaires et fait du bruit, comme s’il se moquait éperdument de vous et du fait que vous êtes en train de parler aux membres du jury…Et là, c’est le troisième cas de figure…

Sympa, non, les « mises en situation ?

La plus sympa ?

C‘est celle du membre de jury qui vous fait la mise en situation de type 1 et 2 en vous disant « il y a une alerte à la bombe…et votre chef n’est pas là… », et qui ajoute (mise en situation de type 3) : « TIC-TAC…TIC-TAC…dépêchez-vous, l’appel anonyme vous a indiqué que la bombe va sauter dans 10 minutes…TIC-TAC, TIC-TAC…, Que faites-vous ??? TIC-TAC, TIC-TAC,…).

Quand je vous disais qu’elle est sympa, cette « mise en situation »…

[Texte (du 6/1/2013 avec 9539 lectures) revu et corrigé le 30/12/2017]

1-L’oral, en lui-même, serait une mise en situation ?

1°) L’oral, en lui-même, est une mise en situation. Nous entendons par là qu’une fois entré dans la salle où vous allez devoir vous asseoir devant le jury vous serez d’ores et déjà placé dans une situation à laquelle il s’agit de faire face. Il faudra faire face à cette situation (tout seul sur sa petite table face à environ trois personnes en général, davantage parfois…notamment quand les membres du jury des autres salles ont terminé et…prennent plaisir à s’inviter au spectacle de la salle où vous vous trouvez… D’où l’expression « plus on est de fous… » ;- ) ) en ayant les attitudes et les réactions les plus appropriées qui soient en pareille circonstance.

Je le dis souvent : l’oral (je parle ici surtout du « grand oral », celui au cours duquel on peut être amené à présenter son parcours dans un premier temps pour ensuite échanger avec le jury) ne commence pas une fois que vous êtes assis. L’épreuve orale commence dès que vous entrez : donnez-vous l’impression d’être agréable, souriant, poli, respectueux ? ou bien donnez-vous l’impression d’être froid, asocial, impoli et peu conscient de l’importance des codes sociaux ? Avez-vous dit bonjour et balayé du regard les membres du jury puis attendu un signe du jury ? Ou bien vous êtes-vous précipité – tel un sauvage – vers la table qui vous attend et vous êtes-vous assis sans y avoir été invité, sans même dire bonjour ? (« si, si…je vous assure que ça existe… »).

Bref, une partie de votre destin se joue déjà… Tout cela communique déjà sur nous, avant même que nous ayons prononcé un premier mot.

Parfois, à peine avez-vous quitté la salle que les membres du jury commencent à échanger entre eux : « tu te verrais bosser avec ce type, toi ? » / « Pas trop, non ! Il ne nous a même pas dit bonjour en entrant !?! » / « Oui, tu as raison : pour travailler dans un service public, c’est pas l’attitude idéale… »

L’oral en lui-même est donc une mise en situation, et ce, pour diverses raisons dont au moins celle-ci : lorsque vous êtes face aux membres du jury, c’est en règle générale en ayant pour objectif de leur montrer AUJOURD’HUI que vous saurez être DEMAIN celui qu’on attend que vous soyez : un cadre qui encadre par exemple, ou bien un exécutant qui est encadré et sait « s’exécuter » quand on lui demande d’exécuter une tâche. Si, le jour de l’oral, vous visez à montrer que vous saurez être celui qui dirigera demain (un service, une équipe) mais qu’en même temps, lors de l’échange avec les membres du jury, vous vous laissez marcher sur les pieds ou diriger par le bout du nez par tel ou tel membre du jury, vous ne serez pas vraiment crédible. Inversement, si vous visez à devenir simple adjoint mais que vous vous présentez aujourd’hui devant le jury comme celui qui a toujours dirigé tout dans sa vie, dans ses loisirs (activité associative) et comme celui qui n’obéit qu’à lui-même sans vouloir se plier à une quelconque commande, vous risquez de donner l’impression d’être incapable de respecter les contours de ce qui est attendu d’un adjoint.

Bref : l’oral est une mise en situation en ce sens qu’il faut avoir un comportement et des réactions adaptés au regard de l’objectif qu’on vise (devenir simple adjoint ? avoir des responsabilités d’encadrement ?…).

[Texte (du 9/1/2013 avec 8021 lectures) revu et corrigé le 30/12/2017]

2-Quelle forme prend la mise en situation « classique » ?

Je vous le disais, il y a ensuite la question classique qui vous est posée par un membre du jury : « Monsieur/Madame, imaginons que demain il vous arrive telle chose (description de la situation) au travail ; comment réagissez-vous ? ».

C’est la « mise en situation classique ». Exemple (archi classique) : « Demain, vous êtes chef de service et vous avez un collègue qui a un peu trop bu sur le temps de midi et qui ne fait que rire ; comment réagissez-vous ? ».

En faisant des exercices de mise en situation avec des étudiants, j’ai souvent observé ceci : nous avons tendance à répondre trop vite. Parfois…beaucoup trop vite, comme cet étudiant qui me répond : « si l’agent a bu et qu’il ne peut pas travailler, je lui dis de rentrer chez lui ». Question que je pose alors : « et si votre agent, à qui vous avez dit de rentrer chez lui, prend sa voiture et écrase une famille sur le passage piéton…pensez-vous toujours que la demande faite à l’agent de rentrer chez lui soit judicieuse ??? ». Il s’ensuit généralement un gros blanc (petit moment de sentiment de solitude en général…  ) .

Bref, n’allons pas trop vite : mieux vaut prendre le temps de poser le contexte, puis de voir quels sont les paramètres qui entrent en ligne de compte et enfin de proposer 2 ou 3 options possibles en disant laquelle nous semble la plus pertinente. Vous indiquez ainsi votre capacité à prendre (et faire prendre) du recul, et votre capacité à argumenter.

Je le dis souvent : à une « mise en situation », nous devons répondre par une « mise en scène » de nous-mêmes. Cette mise en scène est l’occasion d’indiquer, pendant la réponse que nous construisons « en direct », « en live », que nous connaissons le service public, que nous connaissons ses principes, que nous savons repérer et distinguer dans une même situation différents paramètres ou facteurs (l’humain, le financier, l’image du service public, la dimension hiérarchique,…). La mise en situation est donc à concevoir comme une opportunité : elle est l’occasion de valoriser nos connaissances, le fait que nous savons faire preuve de bon sens, le fait que nous savons agir par degrés en ne prenant pas d’emblée des mesures graves et de grande ampleur lorsque la situation ne l’exige pas encore.

Voilà quelques pistes et suggestions pour gérer au mieux la « mise en situation ». Vous trouverez des développements plus conséquents sur tout cela dans mes deux ouvrages, bien entendu (L’oral des concours administratifs en pratique, aux Editions Eyrolles et d’Organisation ; et : La RAEP (Reconnaissance des Acquis de l’Expérience Professionnelle) aux Editions Foucher : deux ouvrages accessibles en bibliothèque), mais avec ces premières pistes et suggestions il est possible d’avancer déjà dans la bonne direction, me semble-t-il.

[Texte (du 9/1/2013 avec 8796 lectures) revu et corrigé le 30/12/2017]

3-Quelle forme prend la mise en situation « tordue » ?

La mise en situation « tordue » ??? Mais c’est quoi ?!?

Quelques exemples ?

Vous êtes en train de vous présenter ou d’échanger avec un membre du jury et vous réalisez que…les deux autres membres de jury sont en train de se bidonner : comme s’ils se racontaient des blagues dans le creux de l’oreille !

Ou bien…

Un membre de jury vous demande après votre présentation de parcours pourquoi vous ne voulez pas travailler en équipe or…c’est quelque chose que vous n’avez jamais dit ! « Folie de la part de ce membre de jury ? Début de maladie d’Alzheimer ? Surdité et incompréhension corrélative ? » : toutes ces hypothèses tournoient dans votre tête et vous hésitez entre : vous fâcher, vous énerver, vous lever et partir, taper du poing sur la table, demander au jury s’il se moque de vous…(« euh…je vous déconseille fortement tout cela sauf si vous voulez réussir…à échouer, ce qui est une forme de réussite, il est vrai, mais laissant parfois un goût amer dans la bouche…surtout quand on s’est tiré tout seul une balle dans le pied… »)

Or il s’agit d’un simple jeu, il s’agit d’une « mise en situation » dans laquelle on vient de vous placer sans vous prévenir et ce, dans la seule optique d’observer vos réactions. Si vous savez gérer la situation et rester calme et cordial, c’est bon. En revanche, si vous vous énervez c’est le signe que, demain, au travail, au sein d’un service public vous risquez de malmener le premier usager venu. Bref, donnant une mauvaise image de vous devant le jury AUJOURD’HUI, vous risquez aussi et en même temps de donner une idée des pires travers dans lesquels vous êtes susceptible de tomber DEMAIN dès qu’un usager, un collègue, un élu feront une remarque qui ne vous plaît pas.

Vous l’aurez compris : il s’agit de rester calme et respectueux même…quand un membre de jury est en train de bidouiller son portable, de farfouiller dans ses affaires, de regarder les motifs de la tapisserie alors que vous parlez.

Tout ceci est un jeu, alors…jouez bien !

Jouez bien en restant serein !

« zen… », « cool…[Raoul] »

On respire…, allez, allez ! On respire, vous dis-je !

Une petite anecdote pour finir ? Un jour, il y a quelques années de cela, un membre de jury a demandé à un candidat « qui était sorti dernier de la ferme (émission de télé réalité) » ( !!!) Etait-il besoin de connaître la réponse pour…entrer dans l’administration ? Bien sûr que non ! Le jury visait simplement à tester la réaction d’un futur fonctionnaire face à un usager (fou, perturbé, comique,…) qui, demain, viendrait par exemple lui demander de lui servir trois tranches de jambon et une demi tranche de lard…(ce qui est, en général, [je m’adresse à ceux qui viendraient d’une autre planète et viendraient d’atterrir…] généralement difficilement réalisable dans une administration, on en conviendra aisément…). Le jury visait simplement à tester la capacité du candidat à se maîtriser dans une situation qui déstabiliserait (et déstabilise) plus d’un…

Voilà ! Maintenant vous êtes avertis de ces petits jeux ! Vous ne pourrez plus dire, façon  « Caliméro » : « nous vivons dans un monde trop injuste…les membres du jury sont même pas gentils avec moi ! »

Bref :

A vous de jouer car une « mise en situation » est une véritable opportunité

pour entrer dans une « mise en scène »

où vous donnerez la meilleure image de vous

en tant que futur fonctionnaire !

[Texte (du 4/2/2013 avec 9253 lectures) revu et corrigé le 30/12/2017]

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