Nouvelles réflexions sur la RAEP

1-Rencontre avec la « RAEP » …

Qu’est-ce que « la RAEP » ? Pour ceux qui l’ignorent ce sigle barbare signifie « Reconnaissance des Acquis de l’Expérience Professionnelle ». En règle générale, il est assez rare que l’on aille de gaité de cœur vers cette RAEP. C’est plutôt elle qui vient vers nous en tant que fonctionnaires, en tant qu’étudiants passant des concours de la Fonction publique ou encore en tant qu’enseignant contractuel. Il nous est dit que nous aurons un « dossier RAEP » à remplir ou une présentation de parcours à faire à l’oral « dans le cadre de la RAEP » et surgit alors la nécessité d’aller voir de quoi il peut bien s’agir…

Exemple : un fonctionnaire catégorie A de l’Etat vient de prendre contact avec moi via mon site. Il me dit qu’il envisage de « préparer le principalat » – il vise à devenir attaché principal et donc à gravir les échelons en tant qu’attaché – et qu’il vient d’apprendre qu’il lui faut « remplir un dossier de RAEP ». Il vient de lire mon ouvrage La RAEP (Editions Foucher. 2014) et souhaite avoir des renseignements complémentaires au sujet des préparations à ce type d’examen.

En ce qui me concerne, j’ai découvert la RAEP petit à petit : comme la prose, il peut arriver qu’on en fasse sans s’en rendre compte… De fait, en tant que formateur et bien avant que surgisse l’idée de RAEP, je faisais passer des oraux blancs de « présentation de parcours » à des personnes présentant les concours en 3ème voie (concours réservés aux personnes ayant par exemple tout un parcours professionnel dans le secteur associatif, et plus largement dans le secteur privé). Les conseils que je donnais en vue de rédiger une bonne présentation de parcours n’étaient pas sans entretenir de lien avec ceux que je serais amené à délivrer quelques années plus tard dans le cadre de la RAEP.

Lorsque la « RAEP » est arrivée, on m’a proposé de faire des cours sur cela. Lorsque j’ai réalisé de quoi il s’agissait, j’ai accepté : d’une part parce qu’il y avait de fortes similitudes avec ce que j’enseignais déjà, d’autre part parce que l’idée de creuser les choses, de réfléchir en profondeur pour rendre compte simplement de cette « RAEP » m’attirait. J’ai toujours été convaincu qu’il faut commencer par essayer de comprendre les choses soi-même de façon simple, de façon vécue : ensuite seulement on peut imaginer de les enseigner de façon tout aussi simple.

Je voudrais partager avec le lecteur, dans ce qui suit, quelques réflexions diverses et variées sur la RAEP. Comme dans mon premier ouvrage (L’oral des concours administratifs en pratique. Eyrolles. Editions d’organisation. 2010) le lecteur pourrait bien se rendre compte, en lisant entre les lignes, qu’il est certes question de concours, d’examens mais aussi de choses plus globales qui ne sont pas sans entretenir de lien avec la vie en général et les conceptions qu’on peut se construire à son sujet…

2-« Présentation de parcours » et « RAEP » : deux faces d’une même pièce ?

En règle générale, qu’il s’agisse d’un dossier à remplir ou d’un oral à passer, il est régulièrement question de « présentation de parcours ». Nous sommes ici du côté du candidat : c’est au candidat qu’il revient de présenter son parcours. Comme nous le verrons, la RAEP ou « reconnaissance des acquis de l’expérience professionnelle » est plutôt l’affaire du jury. Pour autant, il parait difficile de séparer complètement les choses : le jury ne pourra « reconnaître » qu’il y a des « acquis de l’expérience professionnelle » chez le candidat que pour autant que le candidat s’est évertué à mettre en avant ces « acquis de l’expérience professionnelle ». Si, en tant que candidat, vous n’avez pas d’« acquis » que vous puissiez mettre en avant et valoriser, le jury sera bien en peine de « reconnaître » ce qu’on ne lui a pas présenté. Petite analogie : comment pourrais-je vous reconnaître dans la rue si vous ne vous êtes jamais présenté à moi ? Absurde, me direz-vous. Certes, mais pas moins absurde que certains dossiers de RAEP ou certains oraux au fil desquels on apprend quelles ont été les activités professionnelles développées par un candidat sans entendre une seule fois quels sont les « acquis », c’est-à-dire les compétences engrangées. « Il faut bien avoir des compétences pour faire ce qu’on a fait jusque-là, de toutes façons ! » me direz-vous. Certes, mais encore faut-il que le jury n’ait pas à deviner si, oui ou non, vous avez mobilisé les compétences que présupposent, selon toute vraisemblance, les activités que vous évoquez. Il faut lui dire les choses : nous sommes sur du déclaratif et…si vous n’avez rien à déclarer, vous pouvez passer votre chemin mais sachez que votre candidature ne retiendra pas l’attention.

« Présentation de parcours » et « RAEP » sont donc bel et bien comme les deux faces d’une même pièce : une fois que vous savez que le jury est là pour vérifier qu’on trouve bel et bien des « acquis de l’expérience professionnelle » dans votre parcours, vous savez aussi ce qu’il vous reste à faire. Il vous reste à faire en sorte que le jury trouve ce qu’il est venu chercher puisque c’est en fonction de cela qu’il décidera s’il y a lieu ou pas de vous déclarer admis au concours ou à l’examen.

3-Le passé, un carcan ?

« Il n’y a pas grand-chose dans mon parcours ! », « il y a tellement de choses dans mon parcours ! », « je suis tellement jeune : je n’ai pas d’expérience professionnelle véritable ! », « je suis âgé : ils vont préférer prendre un jeune ! » : toutes ces remarques, et bien d’autres, sont celles qu’il m’arrive régulièrement d’entendre lors des formations RAEP que je dispense. Entre ceux qui se pensent trop jeunes et…ceux qui se pensent trop vieux, on pourrait finir par penser que quasiment personne n’obtient quoi que ce soit en s’engouffrant dans un tel système de « présentation de parcours » et de « RAEP » ! Que je vous rassure : tout le monde peut réussir à décrocher un examen ou un concours par ce système, le tout est de bien comprendre ce qui est attendu de nous pour ensuite adopter la stratégie adéquate de présentation de soi.

Il est intéressant de voir que quantité de personnes se bloquent parce que leur passé est tel ou tel (peu d’expérience, une multiplicité d’expériences en tous genres sans unité apparente, …). Ces personnes pensent que leur passé les bloque. Elles pensent que si leur parcours avait été autre, elles auraient eu plus de chance de réussir car elles auraient pu présenter un parcours extraordinaire au jury et…le jury serait tombé de sa chaise tant ce parcours comprend des choses extraordinaires. Nées sous une mauvaise étoile, elles vous avouent, en regardant leurs pieds, avoir un passé et un parcours à ce point inintéressant qu’il vaut mieux…ne pas en parler. Bref, le passé semble bien terrible parfois. A moins…à moins qu’on ne se mette à regarder ce passé à partir d’une autre perspective ?

4-Le passé vu selon une autre perspective

Quel lien avez-vous avec ce passé qui…n’est plus ? Quel lien entretenez-vous avec ce passé qui, soi-disant, serait inintéressant ou non pertinent ? Réfléchissez-y bien, vous vous rendrez compte que de ce passé il ne subsiste guère que quelques traces dans le présent : des diplômes, des dates notées sur des documents et renvoyant à des évènements qui eux-mêmes…ne sont plus et appartiennent au passé. Il n’y a qu’une seule chose qui vous tienne, qui vous lie à ce passé. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de la conception que vous vous donnez intérieurement de ce passé et du type de récit que vous construisez ensuite sur fond d’une telle conception.

« J’ai un passé inintéressant » dites-vous. Qu’est-ce qui le rend « inintéressant » ? « Tel ou tel évènement » me direz-vous. A quoi je vous répondrai : « non, ce n’est pas tel évènement ou telle absence d’évènement » qui rend votre passé et votre parcours « inintéressants ». J’entends votre question qui arrive : « mais alors, qu’est-ce qui fait que ce passé est inintéressant, puisque je vous dis qu’il ne s’est rien passé d’intéressant dans ce passé et même…qu’il ne s’est rien passé du tout ! ». Réponse : ce passé sera intéressant si VOUS le rendez intéressant, il ne sera pas intéressant si VOUS ne le rendez pas intéressant. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie une chose claire : tout repose sur vos épaules ! VOUS avez la responsabilité de rendre ce passé intéressant, et personne d’autre que VOUS n’est porteur de cette responsabilité.

Bonne nouvelle, non ? Au lieu de trainer les pieds et de rester déprimé à l’idée que vous auriez un passé « inintéressant », vous venez d’apprendre qu’un passé ne peut pas être « intéressant » ou « inintéressant » PAR LUI-MEME. Il n’y a que nous-autres humains à pouvoir le rendre tel ou tel. Autrement dit, il n’y a pas de candidats qui partiraient au front avec un parcours « intéressant », tandis que d’autres porteraient sur leurs épaules le terrible fardeau d’un passé « inintéressant ». Pure vue de l’esprit ! En vérité, il n’y a que des candidats qui s’efforcent de rendre leur passé et leur parcours intéressants par le type de récit qu’ils utilisent pour en rendre compte, tandis que d’autres ne s’efforcent pas de construire un tel récit et déposent les armes avant d’avoir engagé un quelconque début de bataille.

De quel type de candidats voulez-vous faire partie ? De ceux qui ont un parcours empli de choses mais ne se donnent pas la peine de livrer une belle présentation de ce jardin du passé qui reste mal entretenu en l’absence de soin ? Ou bien de ceux qui, certes ont un petit jardin fort modeste, mais invitent ceux qui y passent à y découvrir toutes choses de richesses qui ne sont pas perceptibles par tous au premier regard ?

Pour l’avoir aidée à passer ce cap interrogatif, je connais une candidate qui ne croyait pas du tout pouvoir devenir « attachée », fonctionnaire de catégorie A car elle n’avait eu, selon elle « que des tâches d’exécution » au poste qu’elle occupait en tant qu’agent de catégorie C. En acceptant d’y réfléchir davantage, elle se rendit compte qu’à ce poste « à l’accueil » elle avait fait preuve d’« écoute », elle avait « recadré » certaines demandes des usagers, elle avait « encadré » le travail des usagers qui doivent remplir un formulaire,… Bref, elle avait développé nombre de compétences qu’elle pensait, au premier regard,  ne pas avoir à ce « poste d’exécution ». Advint alors ce qui devait advenir : ayant fini par « y croire » en voyant qu’elle avait développé dans le passé les compétences attendues demain d’un attaché, elle fut admise au concours ! Elle travaille aujourd’hui en tant qu’attachée. Peut-être son passé était-il…moins « inintéressant » que prévu ?  Ou bien, peut-être a-t-elle plutôt fini par se rendre compte qu’il n’y a que nous qui puissions rendre notre parcours « intéressant » et personne d’autre ?

5-La « présentation de parcours » : qu’il n’est pas possible de présenter son parcours…

Comme vous allez le voir, nous tombons sur la même idée (le passé n’est intéressant ou inintéressant qu’à proportion du soin que nous prenons à le rendre intéressant…ou inintéressant), par un autre biais : en réfléchissant un peu sur l’idée même de « présentation de parcours ».

Si j’étais un peu provocateur – comme il peut m’arriver parfois de l’être en vue de bien me faire comprendre – je dirais ceci : la « présentation de parcours » est quelque chose d’impossible. Dit autrement : il n’est pas possible de présenter son parcours. Je vous entends déjà : « Comment cela ? Vous voulez rire ou quoi ? », « Moi, je m’en sens tout à fait capable », « on nous demande de présenter notre parcours et vous, vous nous dites qu’il n’est pas possible de présenter son parcours !!! C’est quoi cette histoire ? ». Avant que vous ne vous énerviez davantage et frisiez la crise cardiaque, laissez-moi vous expliquer.

Il n’est pas possible de présenter votre parcours pour une raison simple : il n’est pas possible de rendre présent ce qui n’est plus, ce qui appartient au passé, à un passé qui n’est pas dans le présent mais…dans ce passé qui n’est plus là. Si vous aviez à me présenter, moi, en disant « voici Philippe Géléoc », vous pourriez sans difficulté me présenter à d’autres : il suffirait de venir me voir avec ces personnes et de leur dire « voici Philippe Géléoc ». Mais votre… « parcours »….si vous y réfléchissez…il n’existe pas comme moi dans le présent, si ? Alors, comment présenter ou « rendre présent » ce qui est absent ? Si c’est possible, c’est certainement une autre façon de s’y prendre, non ? Le parcours n’étant plus là dans le présent, il faudra bien aller le chercher quelque part pour…le présenter ensuite, le « rendre présent », non ? Mais où ? Comment rejoindre le passé qui…n’est plus ?

Réponse, que vous aurez certainement trouvée par vous-même : il n’est certes pas possible de rejoindre le passé mais il est tout à fait possible d’en donner une présentation par notre discours, par notre récit. Nous n’aurons pas accès au passé, mais à un récit sur le passé.

Résumons : nous n’avons pas accès au passé qui n’est plus présent, nous n’avons accès qu’à un possible récit, dans le présent, sur ce passé, sur les évènements qui s’y sont produits et sur l’interprétation qu’il est possible d’en donner.

Je vous dirais qu’à mon sens, c’est là une bonne nouvelle : cela signifie une fois de plus que le passé ne peut pas nous bloquer, que c’est notre récit sur lui qui peut nous bloquer. Cela signifie que ce passé n’est jamais inintéressant en lui-même, qu’il n’y a que le récit que nous choisissons de faire qui le rendra intéressant ou pas.

Conclusion ? Ne soyons pas comme ces candidats qui sont convaincus que leur passé les bloque ou est inintéressant : ce n’est pas parce qu’ils ont un passé « nul » que ça va mal se passer lorsqu’ils feront leur présentation de parcours, mais « parce qu’ils sont convaincus » que leur passé est nul. Quand on est convaincu d’une telle chose, pensez-vous qu’on va donner une présentation palpitante de ce passé ? Bien sûr que non ! Alors, voulez-vous un petit conseil : mettez de telles convictions démotivantes et autodestructrices à la poubelle ! Simple, non ?  Et surtout : choisissez bien vos convictions intérieures !

6-La première personne à convaincre de l’intérêt de notre parcours

Il m’est arrivé souvent de le dire : pour convaincre les autres de quelque chose, il faut d’abord être convaincu soi-même. Pour convaincre les autres de l’intérêt de notre parcours, de sa richesse, …il faut tout d’abord avoir réussi à se convaincre soi-même de l’intérêt de ce parcours, de la valeur des compétences que nous avons développées en le poursuivant.

« Ben…j’aide juste des personnes à déménager des choses… » me disait un jour un candidat que j’accompagnais dans la rédaction de son dossier de RAEP. Auriez-vous envie de recruter un type qui « aide juste » à déménager ? Peut-être…oui…si c’est juste parce que vous avez besoin…de déménager ! Maintenant…auriez-vous envie de payer davantage cette personne qui « aide juste » à déménager ? Moi, non ! Pourquoi ? Réponse : parce qu’elle me dit qu’elle « aide juste » à déménager et…vu le peu de valeur qu’elle semble donner à ce type d’activité, j’imagine qu’elle sait mieux que moi le peu de valeur que revêt le fait de « juste » faire ce machin : « déménager ». Bref : quand la personne dénigre elle-même son activité et semble être convaincue que ce qu’elle fait n’a que peu de valeur, pourquoi me mettrais-je à penser le contraire et à donner de la valeur à ce qui n’en a pas à ses propres yeux ? Conclusion : elle n’était pas convaincue, je ne le suis pas non plus !

Maintenant, si vous décidez d’essayer de voir les choses sous un nouveau jour, peut-être ce monde du « déménagement » va-t-il s’embellir. Réfléchissons un court instant sur cela : qu’est-ce qu’aider à déménager ? C’est notamment voir quels types de meubles existent à l’endroit A et combien on pourra en mettre à l’endroit B. Si la surface de l’endroit B est plus petite que celle de l’endroit A, vous risquez de vous trouver bête avec tout un tas de meubles sur les bras et qui…ne rentrent pas dans la pièce de l’endroit B ! Bref, tout cela demande d’être capable d’anticiper, d’organiser un plan d’action, de mobiliser les ressources nécessaires, de savoir combien de meubles de tel type peuvent être mis les uns sur les autres sans…que tout ne tombe sur votre tête ou celle du voisin. Re-bref : cela demande des « compétences » spécifiques et si vous n’êtes pas en mesure de les repérer puis de les évoquer, vous en viendrez effectivement à dévaloriser ce que vous faites. Vous direz « je fais juste du déménagement ». Autrement dit, n’étant pas convaincu de la valeur de ce que vous faites, vous risquez de n’en donner qu’assez peu lorsque vous en parlerez.

Où l’on se rend compte que pour « avoir » un parcours intéressant, il faut « travailler à se le représenter » comme tel, puis à le présenter également comme tel aux autres. Pour cela, il faut…se creuser les méninges, afin de déterminer les compétences et qualités que nous développons au quotidien pour arriver à faire ce que nous faisons. En cet instant, par exemple, je ne fais « que taper » ce que vous êtes en train de lire mais…si j’y réfléchis, je me dis que je tape ce texte « de façon assez rapide » et que l’exemple que je prends est « parlant », est « pédagogique » et qu’il pourrait bien se faire que j’aie développé des compétences en terme de pédagogie au fil des années pour écrire ce que j’écris. Lorsque je me mets à voir les choses sous cette nouvelle perspective, je ne dis plus que je fais « juste que taper » : je commence à me convaincre de la possible valeur des compétences dont je suis doté et qui rendent possible le présent travail.

En recherchant les compétences et qualités qui sont à l’œuvre derrière la moindre de nos petites activités professionnelles quotidiennes, nous nous acheminons ainsi vers un début de possible valorisation de nos « acquis », de nos « compétences ». Une fois convaincu que nous avons bel et bien des qualités, des compétences, des acquis, un potentiel, il sera bien plus facile de convaincre le jury : il suffira de lui faire part de tout cela !

7- « Présentation » (de parcours) et « représentations »

En lien avec ce que nous avons évoqué jusqu’à présent, surgit l’idée que « présentation » de parcours et « représentations » sont étroitement liées. Ceci, à plusieurs niveaux :

-quand je présente mon parcours, je ne peux m’empêcher de m’en donner des représentations : je trouve qu’il est trop ceci, pas assez cela. Ces représentations qui sont miennes peuvent aller jusqu’à être bloquantes, comme nous l’avons vu. Quand on les travaille un peu – ce qui, fort heureusement, est tout à fait possible ! – on peut les faire évoluer : le jeune qui…se trouve trop jeune et déplore le fait de ne pas avoir beaucoup d’expérience , par exemple, peut tout à fait se dire qu’il a l’avantage de la jeunesse : il lui est donné lors de ses premières expériences professionnelles de ne pas être englué dans des représentations toutes faites et de pouvoir aborder à partir d’un regard neuf les vertus de telle façon de manager et les ravages de telle autre par exemple.

-quand je présente mon parcours, ceux qui me lisent (dossier de RAEP) ou sont devant moi (oral) ont des représentations qui leur traversent l’esprit : « pourquoi veut-il intégrer le secteur public ? ça se passait mal dans le privé ? encore un qui veut se mettre au chaud en période de crise ! », « comment va-t-elle pouvoir diriger une équipe si elle n’arrive pas à soutenir une seule fois mon regard ? », etc.

-quand je présente mon parcours, …je me donne en représentation ! Eh oui : qu’on le veuille ou non, on est sur scène et on doit jouer à être celui/celle qu’on envisage d’être demain. A l’oublier, on risque de faire abstraction du plus important : le jury est là pour…nous juger, ou du moins pour juger notre présentation et…nous avec ! Rien de bien terrible à cela : cela signifie qu’il suffit de faire tout son possible pour bien jouer ! Allons donc au préalable à la rencontre de professionnels détenteurs du grade que nous visons, nous nous ferons ainsi une petite idée du type de discours que tiennent ces personnes, du type de posture qu’ont ces personnes dans leurs interactions avec les autres. Pourquoi ne pas s’en inspirer ensuite ? Si tel type de discours et tel type de posture ont généré tel type d’impression sur nous et telle représentation positive, pourquoi ne pas reproduire un type de discours analogue et des postures professionnelles qui nous paraissent adaptées ?

Où l’on voit qu’il s’agit de se donner des représentations positives, constructives avant de se présenter face à un jury ou d’entrer dans un récit sur soi, par écrit. Où l’on voit, aussi, que toute présentation de soi génère chez autrui des représentations soit positives, soit négatives à notre égard : mieux vaut dès lors donner à lire à plusieurs amis ce qu’on a écrit, ou encore faire un oral fictif devant un faux jury composé d’amis bienveillants avant d’aller rencontrer le vrai jury. Comme je le dis souvent : il vaut mieux faire ses erreurs lors des répétitions puis rectifier, que les faire le jour « J » face au jury et cette fois sans possibilité de rectification. Où l’on se rend compte, enfin, que présenter « son parcours » c’est aussi et en même temps se présenter « soi ». La façon que nous avons de dire les choses en présentant notre parcours en dit souvent long sur nous-mêmes. Exemple clair à ce sujet : le candidat qui déclare « j’ai travaillé dans un endroit où il n’y avait que des nuls » en dit peu sur l’endroit en question mais…beaucoup sur lui ! De la « présentation » aux « représentations », il n’y a qu’un pas, vite franchi…

8-« Reconnaissance » des acquis de l’expérience

Venons-en maintenant à cette idée de « reconnaissance » des acquis de l’expérience professionnelle. Nous sommes surtout, à présent, du côté du jury : ce dernier doit « reconnaître » (…ou pas !) qu’il y a bien des « acquis de l’expérience professionnelle » qui se sont sédimentés chez le candidat. Comment peut-on « reconnaître » une telle chose ? et que signifie ici « reconnaître » ? Avant d’aller plus loin dans la réflexion sur ce point, disons les choses simplement : le jury doit en fait acter qu’il y a bel et bien des « acquis » qui se sont accumulés au fil des années, tout au long du parcours du candidat. Ce dernier a appris à faire telle chose : conduire une réunion, faire un compte rendu, … Avant, le candidat ne savait pas faire telle et telle chose et, petit à petit, il a manifestement progressé en développant de plus en plus de compétences spécifiques de telle sorte que le jury peut en venir à se dire : ce candidat est dès à présent capable d’accéder à des responsabilités nouvelles, à davantage de responsabilités du fait qu’il a aujourd’hui les compétences requises pour ce faire. Voilà en gros et de façon simple, ce que peut signifier « reconnaissance des acquis de l’expérience professionnelle ».

Une autre vision des choses, qu’il vaut mieux garder pour soi quand on l’a en tant que candidat, est celle qu’on entend parfois : « j’ai le droit à… », « je me présente au jury pour qu’il reconnaisse que j’ai le droit d’accéder à un autre grade après toutes ces années ! ». Qu’on le pense, soit. Qu’on le dise tel quel, en revanche, n’est pas des plus pertinent. Mieux vaut éviter de dire à un jury qu’il « nous doit » une forme de reconnaissance : c’est un bon moyen de le fâcher… Nul n’aime qu’on lui dicte ce qu’il a à faire. Par ailleurs, il y a lieu de penser que le jury est dans une toute autre disposition d’esprit et conçoit la « reconnaissance » dont il est question d’une autre façon.

Le jury n’est pas là pour donner une satisfaction psychologique au candidat : au sens où il serait chargé d’élever l’estime de soi du candidat en le flattant pour ce qu’il a réalisé dans le passé. On peut imaginer que le jury est bien plutôt là pour voir quels candidats s’avèrent avoir progressé au fil des années au point d’être en mesure, grâce à leur expérience et aux compétences acquises, de remplir d’autres missions exigeant un ensemble de compétences d’un certain niveau. Si certains candidats sont devenus plus compétents, autant leur donner la possibilité d’accéder à des postes plus élevés : l’administration s’y retrouvera puisqu’elle ne laissera pas au même niveau de responsabilité des personnes (sous employées) qui ont démontré qu’elles sont capables de faire aujourd’hui plus et mieux qu’hier ; et les candidats s’y retrouveront davantage, en terme de motivation, lors même qu’ils observent que les compétences développées leur valent d’être reconnus comme dotés aujourd’hui de compétences supérieures à celles d’hier, plus nombreuses que celles d’hier.

« Reconnaître » signifie donc ici, pour l’essentiel, acter l’existence d’un progrès justifiant l’accès à de nouvelles responsabilités et à un traitement (salaire) correspondant. Dit autrement : on sera prêt à proposer de vous payer davantage si vous nous aidez, vous candidat, à « reconnaître » que vous êtes « plus » aujourd’hui que ce que vous étiez hier et que cela vous permettra demain d’exercer des fonctions plus importantes, demandant davantage de capacités d’initiative, de prise de décision,…

9-Acquis de l’expérience ? est-ce vrai ? est-ce conforme à la réalité ?

« Reconnaissance » des acquis de l’expérience : on acte donc qu’il y a bel et bien, à l’évidence, des compétences que le candidat a développées au fil des années. Non seulement cela mais on « reconnait » également parmi ces compétences évoquées par le candidat comme étant les siennes dans le présent des compétences qu’il faudra avoir dans le futur pour occuper les emplois qui sont à pourvoir, les types de métier à exercer.

La « reconnaissance » tient donc dans le fait de prendre acte ou de concéder qu’il y a bel et bien un certain niveau de compétence qui est atteint ; mais elle tient donc aussi dans le fait d’acter que les compétences mises en avant par le candidat sont bel et bien au nombre de celles attendues demain sur les postes à pourvoir.

Autre point : à l’oral on vous croit « sur parole ». C’est en tout cas ce qu’on peut supposer puisque… on n’entend jamais un jury dire « bon, vous nous avez dit que vous savez conduire une réunion mais…nous allons nous rendre sur votre lieu de travail actuel et vérifier tout cela sur pièce et sur place ! ». Les membres de jury ne font pas cela. Comment font-ils, dans ce cas, pour « reconnaître » que certaines compétences sont acquises s’ils ne vont pas vérifier cela sur place ? Sur quoi se basent-ils pour dire « oui, c’est vrai, ce candidat a telle et telle compétences » ? S’ils ne vont pas vérifier sur place, comment font-ils pour considérer que ce qui est raconté par le candidat n’est pas un mensonge mais un discours conforme à ce qu’il y a dans la réalité ? Se fondent-ils uniquement sur du déclaratif ? Le candidat déclarerait quelque chose et les membres du jury le croiraient aussitôt ? On peut imaginer que les choses sont un peu plus compliquées que cela, sans quoi n’importe qui inventerait n’importe quoi (ce qui n’est d’ailleurs pas conseillé car on peut être poursuivi pénalement en cas de mensonge avéré).

Soulignons tout d’abord que, dans bien des cas, l’oral est précédé de la transmission d’un dossier qui aura reçu le visa des supérieurs hiérarchiques du candidat. C’est une première chose : il sera dès lors délicat d’inventer n’importe quoi alors que le dossier écrit fait état d’éléments de carrière bien plus modestes et qu’à aucun moment les exploits contés oralement ne trouvent leur équivalent dans le dossier écrit… Deuxième chose : le jury va très souvent profiter de l’oral pour tester le candidat : l’aspect organisé ou pas de la présentation indiquera par exemple si le candidat est aussi organisé qu’il prétend l’être. Ou encore : le jury va observer la façon que le candidat a de s’investir dans les échanges avec les membres du jury, soit en répondant aux questions du jury comme un petit enfant à ses parents, soit en influant sur le cours de ces échanges par un propos affirmé indiquant une réelle capacité d’influence. Tout cela indiquera au jury si le candidat est réellement en capacité de manager une équipe ou s’il risque plutôt…de se faire manager par l’équipe demain !

On l’aura compris : quand bien même il s’agit de « déclaratif », le jury n’est pas dupe et il l’est d’autant moins qu’il est passé maître dans l’art de vérifier subtilement, l’air de rien, si ce que le candidat raconte n’est que du vent. On peut toujours imaginer, bien entendu, que certains candidats soient, quant à eux, passés maîtres dans l’art de faire du vent et qu’ils soient recrutés sur la base d’une erreur d’appréciation : cela n’est, dans tous les cas, pas souhaitable : ni pour l’organisation qui recrutera ce candidat, ni pour un candidat à qui, demain, on demandera de produire autre chose que…du vent !

Pour aller plus loin ?

Cours complet de Philippe Géléoc sur la RAEP (coût : 20 €)

1ère partie : 53 pages et 2ème partie : 35 pages

Soit 88 pages de cours.

Contact : philippegeleoc@yahoo.fr

 

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