Nouvelles réflexions sur l’oral /A la recherche de l’aisance

1-Un peu d’humour

L’envie me prend de remettre en route quelques réflexions sur l’oral. Peut-être seriez-vous partant pour m’accompagner dans ces petites réflexions ?

J’avais déjà commencé à réfléchir sur « l’oral des concours administratifs » en 2010. Cela avait donné le livre paru aux éditions d’Organisation : L’oral des concours administratifs en pratique. Je connaissais un peu ce qui a trait à l’oral pour avoir moi-même passé quelques oraux de concours et autres examens (attaché de l’Education nationale, attaché territorial, attaché principal, …). Par ailleurs, j’avais déjà fait passer quelques centaines d’oraux blancs ou « oraux d’entrainement » à des étudiants et professionnels en formation continue en tant que chargé de cours à l’Université. Enfin, j’avais passé quelques dizaines d’heures en conduite de réunions, en formations à dispenser à divers publics, ce qui fait que je connaissais « l’oral » de façon vécue ! J’avais donc matière à théoriser tout cela et surtout matière à réfléchir sur les meilleurs conseils à donner pour « parler en public » et réussir « l’oral ».

Commençons par souligner que l’oral…ce n’est pas rien ! Quantité de personnes n’imaginent pas un seul instant arriver à parler devant d’autres. Elles ont, comme on dit parfois, « la trouille au ventre » à la seule idée d’être là devant d’autres à parler de la sorte en étant au centre de toutes les attentions.

Comment se fait-il qu’on ait ainsi peur de parler à l’oral ? Et comment se fait-il que…quelques années plus tard, on éprouve beaucoup de plaisir à dispenser une formation par exemple et ainsi à parler en public ? Car, croyez-en mon expérience, parler en public – et notamment dispenser une formation – peut être quelque chose d’extrêmement plaisant. Est, par exemple, plaisant le fait d’avoir l’impression, au fil de son propos, de faire monter dans sa barque ceux qui vous écoutent. Tout se passe comme si les personnes qui vous écoutent étaient devenues des enfants et vous écoutaient en écarquillant les yeux et en ouvrant la bouche. Il arrive même que vous soyez, vous-même, obligé de dire qu’il est l’heure et que la formation est terminée : les choses se passent ainsi lorsque votre auditoire est à ce point intéressé par ce que vous racontez qu’il en oublie…de rentrer chez lui !

Au fil des années, je me suis rendu compte qu’il y avait des « trucs » pour accéder à une certaine aisance à l’oral.

-Je me suis rendu compte, par exemple, qu’en arrivant à dérider son auditoire par un peu d’humour, on détend l’atmosphère pour tout le monde et on se sent soi-même plus à l’aise. De là vient certainement la petite blague de démarrage que font nombre de conférenciers avant de dérouler la suite de leur propos. Une fois qu’on a réussi à faire sourire autrui, ce dernier est en partie dans notre poche, d’une certaine façon. Pour utiliser une autre image : tout se passe comme si l’humour, la petite plaisanterie qui fait sourire, permettaient de briser la glace, d’amenuiser une certaine froideur qui existe d’ordinaire entre celui/celle qui s’apprête à parler et ceux qui s’apprêtent à l’écouter. Dans toute relation, il est assez rare qu’on se tombe tout de suite dans les bras les uns les autres : la froideur est de rigueur et parait de nature à maintenir la distance qu’il sied d’adopter entre personnes se connaissant insuffisamment. Retenons donc cela : l’humour fait fondre la glace (j’ai toujours été très bon en chimie  CQFD). N’allons pas, pour autant, en conclure qu’il faille raconter n’importe quelle blague à deux balles pour gagner son auditoire : une blague ratée, comme chacun sait, peut générer un sentiment soudain d’intense solitude pour celui qui se mord les doigts d’avoir raconté la dernière blague à toto à des personnes…ne connaissant pas « toto ».

2-Trop de questions…

-Je me suis rendu compte, également, qu’il ne faut pas se poser trop de questions : ni en vue de l’oral, ni lors de l’oral. Je m’explique… Quand on se pose quantité de questions avant l’oral, on se rend malade avant que d’être malade, et même…on se rend malade par avance alors que tout peut très bien se passer au moment où on y est. Pourquoi se noyer dans les soucis avant d’aller à la piscine alors que rien ne dit qu’on va se noyer une fois dans le bain ? Attendons donc d’y être pour gérer les difficultés éventuelles au lieu de nous noyer par avance dans des difficultés imaginaires qui ne surgiront peut-être pas du tout. Quand bien même elles surgiraient, il serait encore temps d’y faire face et même – pourquoi pas – de s’amuser à y faire face. Un de mes meilleurs souvenirs de formation, de ce point de vue, est celui d’une de ces formations où tout le groupe semblait s’être révolté d’entrée de jeu et se rebeller contre l’idée même de formation du fait qu’un stagiaire au profil de leader venait de dire que « de toute façon, l’oral…c’est à la tête du client ! ». Avouez que ce n’était pas la meilleure des introductions pour que je reprenne la parole et fasse une formation sur… « L’oral, une stratégie à préparer » ! Quoiqu’il en soit, toujours est-il que je m’étais bien amusé à inverser la vapeur et à faire en sorte que les représentations des uns et des autres, tels des vents contraires à la formation que je m’apprêtais à dispenser, viennent à souffler en sens inverse. C’est souvent dans la pire des adversités que nous en venons à donner le meilleur de nous-mêmes…

Quand on se pose trop de questions pendant son oral, c’est qu’il y a également un problème. Lequel ? Réponse : on n’est pas dans ce qu’on dit. Imaginez, par exemple, qu’en cet instant, je me pose quantité de questions comme : « ce que j’écris est-il pertinent ? », « que va penser mon lecteur de ce que j’écris ? », « ne va-t-il pas penser que ce que j’écris est d’une nullité sans nom ? ». Si je me pose de telles questions, il va de soi que je risque de perdre le fil de mon propos par exemple. Je vais annoncer deux choses puis…en oublier une, distrait que je suis par toutes ces questions parasites qui viennent interférer entre moi et vous. N’étant pas présent à ce que je raconte, je vais produire moi-même ce que je crains : je vais produire une communication peu convaincante, faute d’être moi-même convaincu par la pertinence de mon propos et faute d’habiter mon propre discours.

Que retenir de tout cela ? Au moins ceci : soyons complètement présents à ce que nous racontons, ne soyons pas « à côté de notre propos » mais bien « dans » ce que nous racontons. L’idéal est certes d’arriver en même temps à repérer certaines formes de communication non verbale devant nous interroger dans l’auditoire, mais n’oublions pas de tout faire pour éviter d’être perturbé par le fichu monologue intérieur qui se met en branle à notre insu : coupons le son lorsque nos interrogations intérieures tendent à prendre le dessus sur notre communication externe.

Sachons que certains candidats aux concours torpillent eux-mêmes leur propre candidature en s’étant laissés convaincre (par eux-mêmes !) que telle grimace du jury était assurément le signe d’un jugement négatif porté sur eux : lorsque quelques minutes plus tard ils se rendent compte que la grimace n’était qu’un tic qui se répète, ou une tentative de déstabilisation, ils s’en mordent les doigts et on les comprend… Au lieu de s’auto saborder pourquoi ne pas profiter de l’échange avec l’auditoire pour poser une question comme celle-ci : « lorsque j’ai dit que…j’ai eu l’impression que mon propos n’emportait pas votre adhésion ; je me trompe ? » Voilà un bon moyen de garder le contact avec l’auditoire au lieu de le couper soi-même par avance et bien souvent à tort.

3-Et le corps, alors ?

-Je me suis rendu compte de ceci que nous pouvons user de notre corps pour être plus pleinement « dans » ce que nous racontons au lieu d’être en train de parler tout en se demandant ce qu’autrui peut bien penser de nous. Il m’est d’ailleurs arrivé de me demander s’il n’était pas possible de faire machine arrière lorsqu’on se rend compte qu’on s’achemine vers le stress. Développons un peu ce point. Que se passe-t-il quand on stresse ? Réponse : on respire de façon saccadée, on sent qu’il se produit en soi des phénomènes physiques incontrôlables (mains moites, rougeur au niveau du visage, …). Bref, quand l’esprit s’affole (« mais que pense-t-on de moi qui suis en train de parler ??? »), le corps s’emballe à son tour. Que faire dans ce cas ? Que faire quand le « psychique » affolé génère du « physique » qui s’emballe ? Réponse : rebroussons chemin ! Je veux dire : faisons marche arrière ! Oui, mais…comment ? me demanderez-vous. Réponse : reprenons la maîtrise du « physique », et celle du « psychique » ne tardera point à venir. Exemple : respirons en visualisant la vague qui vient lécher le sable puis repart pour, aussitôt après, laisser la place à une nouvelle vague, calquons le mouvement de notre respiration sur ces vagues calmes successives. Autre exemple : utilisons la gestuelle pour soutenir notre propos, mimons la surprise en usant de notre corps quand nous parlons de choses surprenantes, sourions lorsque nous évoquons quelque souvenir heureux, …Bref, faisons en sorte que tout notre corps soit « dans » ce que nous racontons. De la sorte, communication verbale et non verbale vibreront à l’unisson : nous serons « dans » ce que nous racontons, concentrés de façon exclusive sur ce que nous avons à dire. Le « physique » se calmant, le « psychique » reviendra au calme. On dit parfois que le corps de certaines personnes communique tellement fort qu’on ne peut guère entendre ce qu’elles cherchent à nous dire par l’usage de la parole. Pour éviter cela, faisons en sorte d’associer notre corps aussitôt, dès le début de notre communication verbale.

Le sourire est, de ce point de vue, quelque chose de fondamental : quand bien même on doit se forcer au départ pour l’utiliser – certaines personnes ont ainsi beaucoup de mal à sourire –, il permet très rapidement de se mettre soi-même dans de bonnes dispositions à son propre égard. En voyant comment il se répercute par ailleurs sur l’auditoire, on ne peut qu’être convaincu de ceci que ce même sourire incite également l’auditoire à être dans de bonnes dispositions à notre égard, autant que nous le sommes à l’égard du public au sein du propos que nous lui offrons. Je résume parfois cela de la façon suivante : souriez au monde, il vous sourira en retour. Ce qu’on sème, on finit par le récolter et…lorsqu’il s’agit d’un sourire en retour, il nous rassure si nous étions inquiets, il nous sécurise si nous étions en début de perte de repères, il nous assure que ce dont nous parlons est bien reçu à peu près comme il se doit.

Notons aussi, au passage, qu’user du corps, c’est user du mouvement : cela met une certaine dynamique dans le propos et permet de capter à nouveau une attention toujours prête à s’envoler pour peu que notre ton soit par trop pesant et monocorde. Ce qui bouge attire l’attention, sachons-le. N’usons pas du mouvement de façon disproportionnée et inadaptée, bien entendu, mais sachons qu’en user « avec modération » est loin d’être mauvais au niveau communicationnel. Une fois l’attention captée, restera à la maintenir en alerte par d’autres biais encore. Par quels biais ? C’est ce dont je vous parlerai dans ce qui suit…

 4-Le pouvoir des questions ? C’est-à-dire ???

-Je me suis rendu compte qu’il n’est rien de tel que la dynamique interrogative pour faire en sorte qu’autrui soit complètement dans ce que nous lui racontons. Voyez-vous de quoi il s’agit quand je parle de « dynamique interrogative » ? Et voyez-vous à quoi ça sert ?

Dernière question : avez-vous remarqué que, dans ce qui précède, je vous ai posé successivement deux questions et qu’en ce moment même je suis en train de vous en poser une troisième ?

Avez-vous remarqué quel est l’effet de ces questions ? Réponse : elles vous associent ; oui, VOUS qui me lisez en cet instant. Je vous associe à ce que je raconte et si vous êtes encore en train de lire la présente phrase, c’est que la dynamique interrogative fonctionne bien ! Je ne vous ai pas perdu en cours de route et vous n’avez pas décroché complètement de ce que je suis en train de vous raconter !

Pourquoi vous dis-je tout cela ? Tout simplement pour vous prouver la marche en marchant et vous prouver que lorsque vous intégrez des questions dans ce que vous racontez à votre auditoire, cela invite et incite ce dernier à prendre la place que vous lui offrez.

Quantité de personnes oublient cela ou, tout simplement, ne le savent pas : lorsque nous posons des questions, nous invitons autrui à faire usage de sa liberté et à participer à notre propre travail d’interrogation.

Parfois on me dit : « mais si je présente mon parcours, je ne vais tout de même pas poser des questions au jury ! C’est eux qui doivent me poser des questions !». Ma réponse est la suivante : je ne vous demande pas de poser des questions au jury, je vous demande de présenter votre parcours tout en vous posant des questions tout haut et en y répondant. Un exemple ? Le voici : « En 2003, j’ai commencé à dispenser des cours à l’Université. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que l’idée de transmettre à d’autres le savoir jusque-là acquis m’attirait depuis longtemps. » Au lieu de dire les choses ainsi et de dynamiser le propos par cette question posée entre deux phrases, j’aurais pu me contenter de dire : « En 2003, j’ai commencé à dispenser des cours parce que l’idée de transmettre le savoir acquis jusque-là m’attirait depuis longtemps ». Présentant les choses sur un ton affirmatif et n’usant pas de la question entre deux phrases, j’aurais fait comme 95 % des candidats aux concours et j’aurais risqué d’une part d’être sur un ton monocorde peu dynamique, d’autre part de ne pas associer ceux qui m’écoutent par une question que je me pose à moi-même mais qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de se poser en même temps que moi : « ben oui…tiens…pourquoi s’est-il mis à donner des cours à l’Université au milieu de tout ? » se demande le jury.

Que se passe-t-il quand on se pose une question ? Que se passe-t-il quand on vient de faire ce que je viens de faire dans la phrase qui précède et que je refais de nouveau en ce moment même ? Réponse : on met en branle le cerveau d’autrui. Eh oui, je viens de faire en sorte que vous vous posiez des questions en même temps que je m’en pose. J’espère que vous ne m’en voulez pas ? Au moins saurez-vous que pour intéresser davantage l’autre à ce que vous lui racontez, il suffit d’émailler votre propos de questions. C’est simple et efficace. C’est tellement simple que quantité de personnes n’utilisent pas ce procédé et ne profitent pas de ses vertus. Si elles le faisaient, elles se sentiraient plus à l’aise à l’oral : elles sentiraient le pouvoir qu’il y a à user ainsi de la communication.

Ne trouvez-vous pas dommage qu’on se prive ainsi du pouvoir des questions ? 😉

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s